Leslie Pereira Silva : 25 ans de capoeira, un art de vivre et de transmission
Depuis plus de vingt-cinq ans, Leslie Pereira Silva, plus connue sous le nom de Mestranda Joaquina dans le milieu de la capoeira, vit et transmet la capoeira avec passion. Enseignante depuis plus de vingt ans, elle partage à travers son parcours une vision profonde et engagée de cet art brésilien, où se mêlent sport, culture, musique et émancipation. Rencontre avec une femme inspirante, pour qui la capoeira est bien plus qu’une discipline : un véritable dialogue avec soi et avec les autres.
Une rencontre fondatrice avec la capoeira
Leslie Pereira Silva découvre la capoeira en 1997, presque par hasard, à Lacanau-Océan, pendant un championnat de surf.
« J’ai aperçu un groupe de Brésiliens en train de jouer près de la plage. Je ne connaissais absolument pas cette discipline, mais leur énergie, leurs mouvements et la musicalité m’ont profondément marquée. »
Ce n’est pourtant qu’en 2000 que la pratique devient une évidence. Invitée par une amie à assister à un baptême de capoeira à Paris, Leslie franchit la porte d’un gymnase… et comprend instantanément que quelque chose d’essentiel vient d’entrer dans sa vie.
« À cet instant, j’ai compris que la capoeira allait prendre une place immense dans mon parcours. »
Une discipline aux multiples dimensions
Si Leslie pratique encore aujourd’hui avec autant d’engagement, c’est parce que la capoeira ne cesse de se renouveler.
« C’est une richesse inépuisable. Il y a le jeu, la musique, l’histoire, la philosophie… On n’en fait jamais le tour. »
Plus qu’un sport, la capoeira agit comme un miroir : elle confronte chacun à ses forces, ses limites et ses paradoxes.
« C’est un art qui grandit avec toi, qui t’oblige à te réinventer et à te questionner sans cesse. »
Transmettre, apprendre, grandir ensemble
Enseignante depuis plus de vingt ans, Leslie voit l’enseignement comme un échange permanent.
« On croit transmettre, mais on reçoit énormément. L’enseignement m’a appris la patience, l’écoute et surtout l’humilité. »
Sportivement, transmettre l’a poussée à rester curieuse et à continuer d’apprendre. Humainement, elle a vu des enfants grandir, des adultes se transformer.
« C’est cette évolution-là qui me rend profondément fière. »
Des rencontres déterminantes
Le parcours de Leslie est aussi marqué par des rencontres fortes. D’abord celle de sa maître, qui l’a accompagnée pendant plus de dix-huit ans et l’a élevée au rang de professeure.
« J’ai grandi à ses côtés, et je lui en serai toujours reconnaissante. »
En 2009, une autre rencontre marque un tournant décisif : celle de Walson Luis, maître de capoeira, devenu son mari.
« Cette rencontre a profondément marqué mon apprentissage des fondements et ma manière de vivre et d’enseigner la capoeira. »
Être une femme dans la capoeira : un chemin singulier
Lorsqu’elle débute, les femmes sont présentes mais minoritaires.
« Elles devaient souvent prouver deux fois plus pour être prises au sérieux. Les modèles féminins existaient, mais ils étaient moins visibles. »
Comme beaucoup, Leslie a parfois ressenti des freins ou des préjugés :
« Des remarques, des attentes différentes… Rien de dramatique, mais suffisamment pour comprendre que le chemin n’est pas le même. »
Une évolution encourageante
Aujourd’hui, Leslie observe une évolution positive de la place des femmes dans la capoeira.
« Elles sont plus nombreuses, plus visibles, plus affirmées. Elles deviennent maîtres, dirigent des groupes, organisent des événements. »
Elle souligne également l’importance des réseaux de soutien et des initiatives favorisant une pratique plus inclusive.
Encourager la confiance et l’affirmation
Dans son enseignement, Leslie accorde une attention particulière à la place des femmes et des jeunes filles.
« Je leur donne de l’espace dans la roda, je les encourage à jouer, chanter, prendre la parole. Leur place n’est pas à négocier : elle est légitime. »
Son objectif : créer un environnement sécurisé, où chacune peut oser et s’affirmer.
Vers le statut de maître : une responsabilité avant tout
Si Leslie se projette vers le statut de maître dans les années à venir, elle y voit avant tout un engagement.
« Ce n’est pas un titre, c’est une responsabilité. Un aboutissement, mais aussi un nouveau départ. »
Un message fort pour les femmes et les jeunes générations
Aux femmes qui hésitent à se lancer ou à persévérer, Leslie adresse un message clair :
« N’attendez pas d’être prêtes. Entrez, jouez, tombez, relevez-vous. La capoeira est un terrain d’émancipation extraordinaire. »
Et aux jeunes générations, filles et garçons confondus :
« Soyez curieux, audacieux, respectez vos différences et celles des autres. La capoeira, comme la vie, est un dialogue : jouez-le avec cœur. »
Aujourd’hui, Leslie vit la capoeira en famille, avec son mari et leurs deux enfants.
« C’est une chance immense de pouvoir partager cet art ensemble. »